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05/02/2014

Le problème de Nath de Gérald Tenenbaum

Voici l'histoire qui apporte un superbe démenti à ceux qui croient encore que "pour les maths, il faut être doué....""

Description de l'ouvrage 18 octobre 2007 Charivari

«Nath et maths, comme vous voyez, ça fait deux !», Nath, 13 ans, subit l'ironie de son professeur et les moqueries de ses camarades à quelques semaines de tests décisifs pour son avenir. Découragé mais révolté, Nath trouve refuge auprès de Serge, un vieil ami de la famille. Ensemble, ils vivront des aventures inouïes où, entre la vie et la mort, les mathématiques se révéleront un passage obligé. Nath découvrira alors de quoi il est capable...

GERALD TENENBAUM est mathématicien et écrivain ; ancien élève de l'Ecole Polytechnique, il est professeur de classe exceptionnelle à l'Université Henri Poincaré Nancy 1. Engagé dans la vie associative comme dans la recherche mathématique, il vit passionnément son aventure littéraire.

E Extrait

La sphère éventrée 

«Nath et maths, comme vous voyez, ça fait deux !» Adossée au mur, au fond de la salle de classe, Mme Maillert est visiblement très satisfaite de son petit effet. Hilares, les élèves en profitent pour chahuter.
Deux filles, au troisième rang, ont déjà replié leur ordinateur de travail en tissu biosynthétique, l'un en peau de léopard, ronronnant sourdement à la demande, l'autre en forme de kilt écossais savamment plissé, susceptible de couiner La ballade des McIntosh à tout moment. Les filles sont décidément trop bizarres.
Les sourires s'affichent et l'agitation enfle.
Nath, en revanche, cloué sur l'estrade tel un papillon sur une planche, a dans la gorge comme une grosse bouchée de pain qui refuse de passer. Il est là, impuissant, devant le grand écran tactile translucide, alors que le logiciel affiche, rebondissant dans l'air sur un ressort imaginaire, un énorme point d'interrogation rouge qui semble, lui aussi, participer à la moquerie générale.
Mais il ne va pas, à treize ans et demi, se mettre à pleurer devant tout le monde. Son oncle Ethan n'a-t-il pas dit un jour : «Pourquoi chigner quand on peut rechigner ?»
Oui, sans geindre, se rebeller, mais comment ?

Ethan avait une grosse moustache broussailleuse et des cheveux bruns frisés. Il souriait souvent et, comme Nath, il buvait beaucoup d'eau. De grandes rasades à pleine gorge, avec le bruit de l'eau qui entre dans la gorge. De toute la famille, enfin de tous les grands de la famille, Ethan était son préféré. Il avait toujours un mot pour Nath, même moqueur - Tiens, Nath, va donc me chercher cinq kilos de pommes de terre dans ta casquette ! Ensuite, il l'attirait à lui, par le bras, par la main, par la cuisse, jamais par la manche, et lui faisait un énorme kish sonore sur la joue, un de ceux qui mouillent, qui laissent une trace à essuyer discrètement après du plat de la paume, mais qui rassurent. Nath, un jour, a vu Ethan pleurer. Pas le premier adulte, mais le premier homme. Il ne savait pas, avant, qu'un homme aussi pouvait pleurer. Il n'avait d'ailleurs pas compris tout de suite, en entendant la voix d'Ethan s'enrayer. Puis les sanglots étaient venus, en secousse, en rafales, et tous, dans la pièce, étaient restés interdits.
C'était il y a cinq ou six ans déjà, en 2031 ou 2032, pendant la troisième guerre d'Afghanistan.
Ethan avait été mobilisé. On ne pouvait pas lui parler en visio, parce que les communications via l'internet mobile étaient interdites pendant les opérations, mais on avait des nouvelles régulières par le réseau fixe. Cela dit, on s'inquiétait quand même, surtout Sylvie, la grand-mère de Nath et maman d'Ethan, qu'on appelait Bouba, et qui ne disait rien, mais qu'on voyait pâlir parfois, comme ça, pour rien.
S'inquiéter pour rien, avait-elle dit un jour, ça n'a jamais fait arriver les catastrophes. Puis, elle avait souri. Puis, elle avait soupiré. Et l'on avait compris qu'au fond, quand elle s'inquiétait pour rien, même elle, elle n'était pas sûre que c'était pour rien.
Un jour de printemps, Ethan est rentré. À l'improviste, en permission. Toute la famille s'est réunie alors pour entendre le soldat raconter. Nath était trop petit pour comprendre, il jouait avec les motifs du tapis persan, mais il a toujours gardé ce souvenir-là, autour de la table familiale, quand la voix s'est brisée.

R  Revue de presse

Sujet : Le cours de Math de Madame Maillert est une torture pour Nath incapable de trouver la solution au problème posé. Seul le souvenir de son oncle Ethan l'aide à ne pas pleurer face aux remarques de son professeur et aux moqueries de ses camarades. Cet oncle prématurément disparu n'a d'ailleurs pas fini de l'aider. Quand Mia, la mère de Nath, sombre dans un coma mystérieux, c'est dans le journal d'Ethan que le jeune garçon va puiser l'énergie et la volonté de braver les interdits de l'hôpital et de chercher la solution qui pourra la sauver. Aidé par un ami de la famille et quelques uns de ses camarades, il devra faire des calculs qui se révèleront vitaux...

Commentaire : Situé en 2037, le récit ne cesse de surprendre. Aux interrogations suscitées par les premiers chapitres face à la découverte de ce monde où les ordinateurs occupent une place prépondérante dans la gestion du quotidien, succède l'envie de soutenir le jeune héros dans sa volonté de penser par lui-même et de ne pas confier la vie de sa mère aux ordinateurs. Bien sûr, tous ceux pour qui les maths sont du chinois n'auront pas le journal empreint de sages réflexions d'un oncle pour les aider ni une situation aussi dramatique pour les motiver ! Néanmoins la lecture de ce roman original au style agréable leur offre un regard différent sur cette matière. En fin d'ouvrage un test permet de déterminer comment se positionne le lecteur face aux mathématiques.

Âge : Dès 12 ans -- www.choisirunlivre.com

09:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Tags : maths, livre, livre dès 12 ans | |

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